Un 1er dimanche de novembre,
Ce matin-là, le ciel était rose.
Et rien, vraiment rien ne laissait présager de ce qui allait suivre.
Le chien s’était envolé dans la campagne et il décida de prendre sa canne et de parcourir son jardin. Devant ses yeux, les couleurs du jour s’épanouissaient.
Le jaune des forsythias, le rouge des coquelicots, le bleu des hortensias, le vert des lauriers sauce, l’orange des soucis, le vert des lauriers thym, le violet des iris, le pourpre de l’étable japonais, le blanc des perce-neige, le vert des lauriers roses, le rose de l’arbre de Judée…
Mais il y avait une incongruité dans tout cela : le forsythia ne pouvait fleurir en même temps que le coquelicot ou alors la nature avait la tête à l’envers.
D’ailleurs depuis quand, en novembre, les pâquerettes envahissent les jardins.
Non, c’était juste un bon tour de la fée Nature qui venait de lui présenter pendant son tour du jardin d’un petit quart d’heure une année de floraison.
Le lundi suivant …
C’était le jour qu’il se réservait pour aller faire le tour des antiquaires. Son rêve, trouver un exemplaire du « Grand dictionnaire de cuisine » écrit par l’écrivain des « Trois mousquetaires » Alexandre Dumas.
Souvent son ami, le notaire, Clotaire Voltaire l’accompagnait dans ses recherches. Celui-ci était un spécialiste des reliquaires auquel un vicaire l’avait initié quand il était enfant de chœur.
La veille, il avait reçu un coup de fil d’un de ses fidèles émissaires qui écumaient pour lui toutes les foires à la brocante, foires aux livres, vide-grenier et magasin d’antiquité du département.
Un nom de boutique « le grand vestiaire », un nom de propriétaire Monsieur Calvaire : c’est là qu’il devait trouver son bonheur.
Le mardi suivant …
Il avait enfin trouvé son livre et fut tout surpris de découvrir sur la première page de ce livre tant recherché une dédicace :
À Lady L.
Qui me réveilla un 32 octobre,
Qui m’ensorcela,
Qui effraie mes jours,
Qui enchante pour toujours mes nuits,
Qui veille sur moi.
Le mercredi suivant …
Il allait devoir appeler sans tarder Aimé, dit le Gentleman. En effet ses talents de monte en l’air allaient lui être fort utiles. Il allait lui demander de couper sans plus tarder la tête coupable de déranger ses pauvres rares heures de sommeil. Et cette tête était celle du coq du voisin qui se refugiait sur le toit de l’appentis sous la fenêtre de sa chambre et ne respectait pas son sommeil, criant à n’importe quelle heure, plus précisément à chaque premier quart heure de chaque heure. Imaginez !
Le jeudi suivant …
Gros câlin ! Gros câlin !
Il s’époumonait à appeler son chien qui s’entêtait à faire la sourde oreille. L’âge le rendait-il peut-être un peu sourd ou son gout immodéré pour la promenade et la poursuite de toute odeur nouvelle le faisait-il partir au-delà du jardin. Ce matin-là, il vit des traces devant datées de la nuit précédente près de la haie, au fond du jardin. Gros câlin l’avait traversée sans aucun embarras, y faisant une nouvelle trouée. À la poursuite de quel animal était-il parti ? Il ne le savait pas mais il imaginait que cela devait être un sanglier.
32 Octobre
atelier « Jetons l’encre »
Jeudi 12 novembre 2009
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