Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /2009 17:15

 

 

L’homme a compartiments.

 

 

Quai des brumes n°2, la Micheline m’attend, toute rutilante en ses couleurs blanche et mandarine.

 

Compartiment n°1, réservé aux agents SNCF, gratuit donc complet.

 

Compartiment n°2, de nouveau réservé, occupé par un homme au fort gabarit.
- puis-je entrer ?

-   - ah non ! j’occupe tout le compartiment.

--  - Il vous faut tout cet espace ? pourquoi ?

-   - Pour jouer…

-   - De quoi ?

-   - De la mandoline… allez donc voir plus loin !

Je commence à faire une poussée d’adrénaline.

 

Je poursuis mon chemin (de fer) pour tomber sur le compartiment n°3, le dernier de la Micheline.

 

Trois places prises sur quatre. L’une par une forte femme (sûrement l’épouse du bibendum du compartiment n°2), l’autre par une gente demoiselle en crinoline (souvenir de ma jeunesse) et la dernière par une femme d‘un certain âge, tenant dans ses mains une grosse miche de pain.

Ouf ! Une fois assis je peux savourer cet instant de repos et avaler avec plaisir mon cachet d‘aspirine…

 

 

Francis

atelier « Jetons l’encre »

Jeudi 15 octobre 2009

 


 

 

L’homme a compartiments et Capucine.

 

 

L’homme porte une lourde valise. De sa valise, semblent vouloir s’évader parapluie et journaux.

Il est d‘un autre temps, une gabardine tout droit sortie d’un roman de Simenon jetée sur son autre bras. Sa chevelure, plaquée par de la brillantine, attire l’œil.

Derrière lui, marchant à petits pas de ballerine, un bout de femme que je l’entends appeler du doux nom de Capucine. Elle ne porte pas de crinoline.

Ils tiennent tous les deux de Laurel et Hardy et beaucoup se retourne sur leur passage.

 

« Avancez, avancez, ne restez pas agglutinés en haut de l’escalier », piaffe une employée de la SNCF.

 

Le quai est noir de monde ; il est vrai qu’une grève surprise des contrôleurs perturbe fortement le trafic.

 

La petite dame tout de noir vêtue va être emportée dans le tourbillon des voyageurs. Elle traîne une valise qui semble plus lourde qu’elle. Dans l’autre main, elle tient, précieusement, un sac lourd de mandarines ou de clémentines. Impossible de savoir et d’ailleurs cela n’apporterait rien en ce début de récit à l’histoire que je commence à vous conter.

 

L’homme se dirige d’un pas ferme et décidé vers le compartiment 32, deux places côté couloir en face à face. Il presse le pas, ne tenant aucun compte de l’adrénaline qui ne doit pas manquer de monter dans le corps de celle qui n’a rien d’une gourgandine et qui trottine derrière lui. A chaque mouvement de foule, elle risque, à tout instant, de le perdre de vue.

 

Capucine, car il faut bien la nommer ainsi, se demande ce que cache ce départ précipité en train.

 

L’homme lui a seulement dit, une paire d’heures plus tôt :

-    " Prenez ce qu’il faut pour deux jours. Nous devons rejoindre, sans plus attendre, à Morzine la cousine Albertine ."

 

Cousine qu’elle ne connaissait ni d’Adam, ni d’Ève.

 

Mais elle avait l’habitude de ne poser aucune question. Elle s’exécuta, confia le chat Aspirine à la voisine et mit ses pas dans ceux de l’homme.

L’homme lui aussi tout habillé de noir avait une vie bien compartimentée, dont elle connaissait si peu de choses. Il l’avait priée pour une fois de l’accompagner ; elle n’allait pas s’interroger plus.

 

Vers quelle aventure, vers quel piège l’entraînait-il aujourd’hui ?

Tout d’un coup, elle pensa qu’elle avait oublié de donner à la voisine le paquet de croquettes préférées d’Aspirine.

 

 

32 Octobre

atelier « Jetons l’encre »

Jeudi 15 octobre 2009

 

 

 

 

 

 

L’homme a compartiments

 

Dans sa valise il y a :

Un téléphone, un paquet de Marlboro, une carte de France, cinq boxers de rechanges, un t-shirt Obama et trois paquets de mouchoirs.

Est-ce que ça fait de lui quelqu’un ?

Il devrait être uni et pourtant j’ai l’impression qu’il est plusieurs.

Puisque c’est un roman, je vais ajouter et retrancher.

 

Le téléphone ? Un i-phone, un Blackberry, un Nokia, un Sagem ? Non, c’est trop banal, je laisse ça à Beigbeder, j’enlève le téléphone et je le remplace par une mandoline.

 

Un paquet de Malboro ? On a tous un paquet de clopes dans son sac, mais on ne lit pas un roman pour que ça ressemble à la vie. Trop évident, je laisse ça à Marc Levy.

J’enlève les clopes et je les remplace par une crinoline en dentelle.

 

Une carte de France ? Je la garde, mais je l’use, je la corne et je découpe la ville de Cahors à petits coups de ciseaux comme on découpe les photos après une séparation. Le roman commence : qui habite à Cahors ? Que s’est-il passé à Cahors ?

 

Cinq boxers de rechange ? Ah non ! C’est un roman, pas le catalogue de la Redoute. Mon personnage porte des slips –vous entendez ?- de bons gros slips avec un élastique qui vous rentre dans la cuisse et y laisse sa marque.

 

Un t-shirt Obama ? Je sais pas.

Oui, d’accord pour le t-shirt Obama, mais alors il faut que mon personnage soit une fille. Un t-shirt Obama sur une belle poitrine, c’est beau comme du Echenoz. C’est donc une fille qui a découpé rageusement la ville de Cahors pour la faire disparaître de la carte ? Intéressant, le roman prend forme.

 

Trois paquets de mouchoirs ? Cette fois là c’est Non ! Les petits détails je veux bien, mais on n’est pas dans le Journal de Bridget Jones. Pourquoi pas une crème de nuit ou du démaquillant ? Si vous aimez les mouchoirs et le démaquillant lisez un magazine et laissez les romans tranquilles. Na !

 

J’enlève les mouchoirs. A la place ?

Un ticket de métro, vert, comme ils étaient il y a une dizaine d’années.

Pourquoi a-t-elle gardé ce ticket ?

On peut encore lire dessus qu’il a été composté en gare d’Anthony (92, RER B) le 15 Octobre 1997 à 7h32. Il devait faire froid ce matin d’automne. Une gare de RER, c’est triste et un peu sordide le matin. Mais parfois le métro vous emmène plus loin que prévu, jusqu’à Cahors peut-être.

 

La fuite…

 

Capucine qu’as-tu fait ? Capucine où es tu ?

A dix ans d’écart elle s’enfuit à nouveau, quelques affaires jetées à la va-vite dans un sac : une mandoline, une crinoline en dentelle, une carte de France usée et trouée, cinq slips de rechange, un t-shirt Obama et un vieux ticket de métro.

 

Le roman est parti comme un train dans la nuit.

 

 

Benoît

atelier « Jetons l’encre »

Jeudi 15 octobre 2009

 

 

 

 

 

Par Jetons l'encre - Publié dans : 2009 - 2010 Espace de la gare - Communauté : créabranche
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