textes offerts

Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /2009 12:37
Si vous n'avez pas lu

le début

la suite 

 

 

Retour à Guillaume.

Fabliaux et contes de Provence

(fin)

 

 

Il était midi. Le soleil coulait entre les arbres.

 

J’ai pris d’une main tremblante l’enveloppe pour lire son contenu...

 

C’est tout un vieux monde qui sortait de l’ombre. Nocturne et rustique. On y parlait d’une vieille grange aux murs disjoints enchâssée dans une vallée de luzerne.

 

Cette lettre écrite des petites mains du village me soufflait toute l’histoire des miens et me restituait mes terres et cette grange longtemps cachée.

 

Il me plaisait d’être à la fois triste et de rire aux larmes. Cette histoire me renversait l’âme.

 

Les cloches du village me réveillèrent à toute volée. Le soleil était déjà très haut. En contrebas de l’école dans un pré solitaire verdi par un ruisseau tous les habitants de Guillaume s’étaient réunis.

 

Je suis sortie avec ma lettre à la main. Ce qui m’était redonné à cet instant comptait plus que ce qui m’ avait manqué toute ma vie.

 

J’entendais la voix de Jeanne me glisser à l’oreille :

« Les pas les plus utiles 
sont ceux qui te ramènent chez toi, ma fille … »
 

 

 

Joëlle

7 septembre 2009

 

 

Par Jetons l'encre - Publié dans : textes offerts - Communauté : Partage
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Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /2009 16:59


 

 

 

Retour à Guillaume.

Fabliaux et contes de Provence

(suite)

 

 

Marie-Jeanne s’était évaporée dans le silence de la fin du jour.

 

La journée travaillait pour moi ; ce qui était confus et encombrant prenait un nouvel ordre comme un muret de pierre qui cherche le juste équilibre.

 

Fallait il que Marseille est mauvaise conscience pour me jeter hors d’elle.

 

Les mois passaient, le souvenir des miens s’évanouissait dans la rudesse des hivers.

L’école n’était toujours pas construite, ici on n’en voulait pas.

On boudait les livres et le tableau noir. Il ne me restait qu’à suivre les enfants de Guillaume derrière les troupeaux de moutons. Ils semblaient se méfier des étrangers.

 

Face à cette adversité, j’avais avec moi comme alliée Jeanne et sa grande humilité.

« Il est plus aisé de soulever les gens de la campagne contre ceux de la ville. Ici on se contente de lire sur les visages la peine de nos parents, disait-elle quand elle percevait mon découragement. Ne te prend pas pour Lawrence d’Arabie ».

 

J’avais du mal à comprendre que ce qui avait été bon pour moi n’avait aucune utilité dans les hautes montagnes de Guillaume, jusqu’à ce qu’un matin une de mes élèves se mit mise à m’interroger.

 

Elle me questionnait sur l’origine du monde, sur la forme des étoiles, son visage rougi par le froid brillait comme un phare en pleine tempête.

À mes réponses, d’autres questions surgissaient. Pauline était submergée par l’absurdité du monde et j’avais devant moi les balbutiements de toute notre humanité devant l’ampleur de la tâche.

J’étais convaincue ici et maintenant qu’on ne pouvait être étranger à notre monde.

 

Le matin même, je commençais la construction de l’école avec de vieilles planches.

 

Un petit âne debout dans la petite cour enneigée attendait la récréation. Sur la paillasse, dormait le charpentier qui surveillait jour et nuit les toits du village à moins qu’il ait bu un peu trop de ce vin de la vallée. Il s’était assoupi et fut brutalement réveillé par les cris des enfants qui déferlaient dans la cour.

 

Ha ! Guillaume était le pays du merveilleux. Tous les toits de Guillaume renaissaient à travers la neige qui fondait.

 

Moi aussi, je renaissais d’un oubli, d’un péché d’une généalogie longtemps dissimulée sous les feuilles des peupliers.

 

Les ruisseaux dévalaient la montagne et leurs chants cordiaux se mêlaient aux comptines de l’enfance.

 

On venait de déposer une grosse miche de pain noir à mes pieds pendant qu’un grand ramage de corneilles m’avertissait de la nouvelle.

 

Je pris ce bon pain cuit cent fois comme dans les Saintes Écritures ; c’était la première fois que Guillaume me faisait signe.

 

 

La nuit venait de me quitter, le soleil faisait déjà briller les pâturages et je pouvais apercevoir les enfants avec leurs vieux cartables. C’est la vie qui carillonnait dans mes oreilles.

 

Il n’était plus question de dormir. Je n’avais que la cour à traverser et je me trouvais dans ma petite classe de neuf élèves.

 

J’ai longtemps attendu l’aube sous les ramures d’étoiles ; je l’ai possédée cette vallée et caressée longtemps la fraîcheur des pâturages à la dictée et aux leçons d’orthographe.

 

Le voyage se termine. J’ai mis la clef de l’école sous la porte. Mon grand âge ne m’autorise plus à enseigner.

Jeanne a rejoint les siens dans le petit cimetière.

 

Je ne voulais pas tuer ce temps irréversible en feuilletant les cahiers de mes élèves. En préparant mes bagages, une grosse enveloppe posée par terre a retenu mon attention.

 

Il était midi. Le soleil coulait entre les arbres.

 

J’ai pris d’une main tremblante l’enveloppe pour lire son contenu...

 

 

Joëlle

30 août 2009 

Par Jetons l'encre - Publié dans : textes offerts - Communauté : Partage
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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /2009 08:05

 

Par Jetons l'encre - Publié dans : textes offerts - Communauté : créabranche
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /2009 12:16


Derrière la porte fermée à clef de Pétrarque, coule une rivière cristalline…

 

Des cheveux noirs en désordre, il monte les escaliers de cette vieille demeure pour rejoindre Laure, sa muse qui dort près de la cascade.

 

Il est toujours désarçonné quand il pénètre dans ce lieu.

Le bras du seigneur devait être merveilleusement inspiré pour créer un tel paysage, se dit Pétrarque.

 

Laura est l’incarnation de la beauté ; elle se tient de dos au moment où Pétrarque referme la porte de sa chambre.

 

Maintenant, ils se tiennent tous deux par la main pour plonger du sommet de la cascade.

 

C’est une forêt nomade qui leur offre à chaque fois la chance de rester des enfants.

 

Cette vieille maison de briques, Pétrarque la partage avec une usine à papier.

 

Elle a sur sa face ouest un immense moulin à eau qui aspire la cascade qui dévale le vallon.

Le soir, ils rentrent tous deux, nus pieds sur l’herbe encore chaude.

 

La maison semble froncer les sourcils quand ils tardent trop.

On peut avoir une chance insensée longtemps, sans pour autant grandir et du même coup éviter ainsi de s’encombrer des soucis des grands.

 

Pétrarque aime partir dans sa vie réelle à lui, celle qui ne rentre en collision avec personne.

Il y rejoint les fougères qui se noient dans la rivière et la mousse que préfèrent ses pieds.

Laura l’enchante, il a appris à nager avec elle au milieu des flots tumultueux de la cascade.

Les rosiers qui bordent l’eau sont là pour éloigner les curieux qui se seraient introduits par erreur dans sa chambre.

 

Le soleil comme une fine poudre d’or se fraie un passage entre la densité du feuillage des tilleuls.

 

Pétrarque embrasse Laure, celle-ci se sert de jasmin pour en faire des boucles d’oreilles.

 

Pétrarque songe qu’il faudra fonder la confrérie du jasmin et habiller toutes les jeunes filles les soirs d’été de la délicate odeur blanche du jasmin.

 

C’est ici la gloire de la jeunesse du printemps qu’on fête. Aux vingt ans de Laure se mêle la jeunesse de la cascade.

 

Même maltraitée par l’hiver, la cascade irradie de lumière transportée par de fines gouttelettes d’eau que le vent ramène sur le visage de Pétrarque.

 

 

Pétrarque a choisi de vivre derrière la porte de sa chambre où coule une rivière.

Ce qui est invisible pour tous a une telle densité pour lui, que Laure est née de ce paysage.

 

Elle est arrivée une nuit alors que la neige était tombée encore fraîche sur le sol.

Depuis ils ne se quittent plus.

 

C’est un savant mélange d’écorce d’arbre et de miel des abeilles qui bourdonnent dans leurs oreilles.

 

Un violent orage d’été les pousse à se retrancher sur un rocher habité par une libellule.

 

L’insecte a tenté à plusieurs reprises de passer le pas de la porte de la chambre de Pétrarque en vain.

Elle voulait être dédommagée du chagrin causé par Laure et Pétrarque.

 

On ne pénètre pas ici sans cadeau en retour. La libellule continuait à battre des ailes comme une prière.

 

Les deux enfants ne prêtaient pas attention à la beauté de l’animal. Ils grelottaient assis sur cette grande paroi.

 

La forêt les enveloppait avec bienveillance.

« Devrais-je errer comme une âme perdue toute ma vie, dit la libellule

Je voudrais vous suivre de l’autre côté de la porte. Qui a-t-il, là-bas, pour que vous vous absentiez longtemps sans moi ? »

« Il te faudrait affronter la mort qui maraude et qui prend souvent d’étranges allures. Tu devrais te défaire de tes ailes et ramper comme un ver de terre, » dit Laure en riant.

En quelques minutes la libellule s’était blottie dans le châle de lin de Laure.

 

Elle grelotait de peur. Un lys pas étranger à la conversation se pencha vers la libellule :

« Tu ne connais pas le code des hommes. Reste ici. Ils viendront souvent te voir. Nous aussi, nous ne voulons pas partir du paradis tous les jours. Nous négocions avec les anges notre passage. »

 

Laure et Pétrarque, Pétrarque et Laure, une simple libellule s’est infiltrée dans les jeux de l’enfance. C’est la brèche de l’âge qui vous fait perdre la clef de la porte.

 

 

Joëlle

20 août 2009

 

 

Par Jetons l'encre - Publié dans : textes offerts - Communauté : Partage
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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /2009 17:09



Tout au long de l'année 2007, ce sont écrites ces pages remises en ordre pour créer un nouveau désordre.

Je décide de les mettre en ligne pour leur donner une nouvelle vie.

Plus qu'à m'atteler à remettre en ordre 2008...





32 Octobre

45 nuages pour une nuit

 

 

Les mots que vous allez lire sont dédiés à l’homme que j’ai rencontré un 31 Octobre… d’où le nom de plume…

 

Partage de moments… Pas assez à mon goût… Chut !... Il a donné sa parole à une autre… Je sais, cela ne se fait pas…. Mais nous nous sommes trouvés et je ne l’ai pas obligé…

 

Ces instants vécus, qui font mal pour certains encore aujourd’hui, doivent vivre.

 

Il ne parle pas, il a peur de notre histoire et comme j’ose le dire, cela ne se fait pas mais on l’a fait et on le fera le plus longtemps possible…

 

Que les mots aillent vivre leur vie…..

 

Au Magicien…



Par Jetons l'encre - Publié dans : textes offerts - Communauté : Romans en ligne
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