Reçue ce jour une drôle de convocation :
« convocation en date du 5 octobre 2009, 20 heures
Au rapport les souvenirs ! »
Les souvenirs ! non !!!
J’ai décidé un jour de ne plus avoir de souvenir. Juste de l’avenir.
Je ne me souviens plus quand j’ai décidé de rayer tous les souvenirs de ma mémoire.
C’était un jour où le soleil avait décidé de rester couché.
C’était un jour où il y avait un avant et un après.
C’était un jour différent des autres.
C’était un jour qu’il fallait oublier pour avoir moins mal.
C’était un jour, pas un seul jour… au moins… tant que cela… oui, car comme les chats, une vie recommençait.
Une nouvelle vie naissait d’une souffrance.
Il fallait oublier donc ranger les souvenirs au placard.
Il fallait bien les enfouir pour se laisser le droit, parfois, de les faire revivre, jaillir sans crier
gare.
Combien de chemins remontent des souvenirs et restent encore précieux, malgré tout ?
Ont-ils jamais existé ?
Ont-ils été embellis ?
Ont-ils été travestis et parés de couleurs inconnues ?
Ont-ils été redessinés, repeints à l’encre des sentiments et du passé ?
Ont-ils été
Vécus,
rêvés,
Désirés,
Perdus,
Effacés,
Enfouis,
Réveillés,
Tués.
Et si, en fermant très fort les yeux, des chemins s’échappaient du placard aux souvenirs fermé à double
tour.
Il suffit d’un nouveau départ, d’une promesse tenue.
Il suffit d’un nouveau bonheur pour entrebâiller la porte.
Il a suffi de lire :
« Tu me dis si je dois te prendre demain
matin.
Je pars impérativement à 7h00.
Rendez-vous au péage de l’autoroute ».
Et là vogue la galère vers de nouveaux voyages qui rappellent d ‘autres voyages.
Ces mots remuent des souvenirs que je croyais bien enfouis, oubliés. Mais un souvenir, cela ne meurt pas
comme cela.
Il a suffit de juste quelques mots, d’un sourire, d’étoiles dans les yeux, d’un coin de paysage pour que la
pelote des chemins se déroule.
Les chats se sont lancés la pelote, la triturent, la poussent, la font rouler et là, tout d’un coup, un chat
plus futé qu’un autre tire un brin de la pelote et comme par enchantement le chemin se déroule, un nouveau chemin s’ouvre.
Les pas se remettent dans les pas du passé.
Remonter le Rhône pour rentrer au pays. Non, trop loin.
Non, au moins jusqu’à Valence et ses éoliennes. Un premier arrêt.
- Tu as vu. En une quinzaine, nous sommes passés aller – retour au moins huit ou dix fois et la troisième éolienne à partir de la gauche ne tourne
toujours pas. Elle est fatiguée ; elle a rendu l’âme peut-être…
En fermant les yeux, en essayant de se rappeler les avants, les avants l‘accident, les avants des autres
vies, a-t-elle déjà tournée ? A-t-elle déjà brassé le vent ?
Pourtant, je les ai vues souvent.
Elles ont été souvent sur la route
Pour aller faire des virées en Cévennes,
Pour aller rejoindre le centre de la France,
Pour aller comme aujourd’hui à B en B.
Combien de fois les ai-je photographiées mais je ne me souviens plus si je l’ai déjà vu tourner la troisième
éolienne à partir de la gauche.
- Et arrête de rire.
- …
- Oui, elle m’obsède cette éolienne.
Pourquoi ne tourne-t-elle pas ?
Pourquoi refuse-t-elle de produire ?
Pourquoi ne la répare-t-on pas ?
Pourquoi…
Pourquoi…
- …
- Oui, tu as raison, je veux savoir. Je veux savoir pourquoi une éolienne, la troisième éolienne à partir de la gauche, sensée brasser du vent ne tourne
pas. Pourquoi la troisième éolienne à partir de la gauche est toujours à l’arrêt ?
Et tout d’un coup, d’un coup de vent, de l’éolienne nous voilà transportés, par je ne sais quel miracle ou
association d’idées, au bout de la route d’Angers.
Tu ne savais pas que c’était la maison de mes grands-parents qui était la dernière sur la route d’Angers au
milieu des années 50.
Normal, tu étais encore dans ta poussette alors que moi, je courrais déjà après grand-père pour aller
ramasser l’osier pour faire les paniers.
Et tout d‘un coup, la pelote de la route d’Angers se déroule et plein d’images surgissent devant nos
yeux.
Elle a changé la route d’Angers. Cela fait quinze ans que je ne l’ai plus prise, toi, tout juste quinze
jours.
Et les souvenirs se superposent, s’affrontent.
- Tu ne reconnaitrais rien. La passerelle du Maroc a disparu.
- Souvenir, souvenir ; il ya plus de dix ans déjà. Papa me l’a dit un jour. Tu ne te rappelles que de cela. Ta mémoire est courte. Et d’ailleurs,
c’est ma ville. Toi, tu n’as fait que d’y passer…
Et la pelote aux souvenirs lâche des noms. Chacun son tour jette un nom en pâture à l’autre : Bugatti,
ACO, Rotonde, Hunaudières, 24 Heures, rillettes…
Et un fou rire nous prend…
Nous ne savons même pas pourquoi…
Si, nous nous sommes peut être croisés dans ces lieux mythiques, pour nous, il y a trente ans, vingt cinq
ans et un jour, nous nous sommes choisis à plus de mille kilomètres de là et avons renoué la conversation…
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Au magicien.
Pour avoir permis de commencer à dérouler la pelote aux souvenirs
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32 Octobre
atelier « LA FERRONNERIE »
Noëlle Mathis
Lundi 5 octobre 2009